Pr. Thierno Mouctar Bah. Armées fulɓe d’Adamawa

Lancier-cavalier de l'armée Fulbe de Bornou Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824 London, 1826.
Lancier-cavalier de l’armée Fulbe de Bornou  Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, 1826.

J’introduis ici l’article “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle” du Professeur Thierno Mouctar Bah, paru dans Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig, (EHESS, Paris, 1982). Conformément à ma ligne éditoriale, je convertis les noms francisés en version autochtone. D’où “Les armées fulɓe de l’Adamawa”. Une telle démarche supprime l’ambiguité inhérente aux noms étrangers, qui utilise le même terme (Fula, Fulani, Peul, etc.) pour désigner le peuple et la langue. Par contraste, le vocabulaire autochtone distingue nettement entre les noms désignant les locuteurs/locutrices (Pullo, singulier, et Fulɓe, pluriel), d’une part, et ceux indiquant la langue : Pular/Pulaar (à l’ouest de la Boucle du Niger) et Fulfulde (à l’est de celle-ci). De même je transcris les noms de personne et de lieu selon l’Alphabet Standard (Bamako, 1966).

Ma parenté avec Thierno Mouctar Bah

Thierno Mouctar est doublement mon parent ; cousin et neveu du côté de ma mère, cousin de côté de mon père. Son père, feu Elhadj Bailo Bah, est le cousin de ma mère. Soeur cadette de Saifoulaye Diallo, feue Hadja Safiatou, est une nièce de ma mère, mais aussi également la belle-soeur de mon père. Notre auteur porte le nom du frère benjamin de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Notre dernière rencontre remonte à 2004 à Conakry. Je lui présentai mes  condoléances à la suite du décès de Salimatou, sa soeur cadette et ma promotionnaire au Collège court de Labé aujourd’hui Lycée Cindel, au sud-est de la ville.

Un document innovateur et substantiel

Revenant à l’article, je vourais rappeler le parcours personnel et la carrière académique brillante de ce Fuutanke devenu fils adoptif et chercheur chveronné sur l’Adamawa —si distant de son Fuuta-Jalon natal. L’apport de Thierno Mouctar est singulier sur au moins deux points.

  1. Une recherche est soignée  et détailée; un compte-rendu direct, dépouillé et instructif. Le document est innovateur et substantiel.
  2. L’article donne corps et vie à l’étude de Jean Suret-Canale intitulée “Essai sur la signification sociale et historique des hégémonies Peules (17e-18e-19e siècles)” (Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes + Recherches Africaines). Au lieu de se camper au niveau de la chronologie et des considérations générales, Thierno Mouctar nous enseigne beaucoup et mieux, en particulier sur le rôle prééminent du Arɗo (plur. Arɓe). Ce personnage antique, et pour ainsi parler ubiquitaire, fut rééllement pan-fulɓe. Il actualisa et symbolisa des siècles exaltants de l’histoire et de la civilisation pastorale fulɓe. Il incarne les valeurs guerrières, chevaleresques et héroiques fulbe. Sur les traces des grands bardes qui les ont précédés —je pense à Ali Farka Touré — Baaba, Mansour Seck et Daande Lenyol,  célebrent l’épopée de Samba Gelaajo Jeejo, le preux Arɗo. Aux louanges des artistes s’ajoutent les nombreux ouvrages consacrés aux Arɓe. Voir la section qui leur est dédiée sur webPulaaku. avec un lien sur les Contes et légendes des Fulakunda du Bajar. Le cycle de Gelaajo, fils de Ham-Boɗeejo. Indiquons également l’ouvrage de Christiane Seydou sur Tinguidji, maître de la parole, etc..…
    Le leadership du Arɗo prédate de loin l’islamisation. Il atteignit vraisemblablement son apogée avec la dynastie des Koliyaaɓe à l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Mali). Le règne des Arɓe déclina graduellement avant d’être  assimilé par l’avènement du clergé musulman, d’abord au Fuuta-Jalon (avec les Almaami), ensuite au Fuuta-Tooro (avec les Toroɓɓe) et au Maasina (avec Sheku Ahmadu Bari). Dans chacun des ces états la titulature arabo-musulmane supplanta celle des Arɓe. Aujourd’hui, les Arɓe musulmans persistèrent dans l’Est, notamment en Adamawa.…
Ali Farka Touré et Toumany Diabaté. Samba Gelaajo
Baaba Maal e Daande Lenyol. Samba Gelaajo Jeegi

Points de débats et contestations

Je relève deux points sujets à débats et contestations. Ils reflètent en réalité l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. En effet la note numéro 35 en fin d’article contient deux points qui suscitent les débats et alimentent les contestations. On y lit :

« Ce fut le cas en particulier de Samory qui, au 19e siècle, a su faire imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide que les puissances impérialistes refusaient de lui vendre. »

Ce passage insert, à juste titre, le personnage de l’Empereur Samori Touré dans un article sur l’art martial des Fulɓe. Mais il fait écho, à mon avis, à l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. On retrouve un style pareil sous la plume des historiens aînés de Thierno Mouctar, par exemple, Joseph Ki-Zerbo dans son Histoire de l’Afrique Noire. D’hier à Demain , et Djibril Tamsir Niane dans UNESCO — General History of Africa, Volume IV, Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century. C’était, on le sait, le temps de l’euphorie et des espoirs inspirés par la souveraineté bourgeonnante des Etats africains naguère colonisés. Malheureusement, cette époque est révolue. Et l’histoire a détourné le continent de chemins exaltants… Surtout en Guinée et sa dictature pérenne !

Mes objections sont donc les  suivantes :

1. Les impérialistes occidentaux ne tenaient évidemment pas à vendre des armes à des chefs et rois qu’ils combattaient ou envisageaient de combattre. Car ces armes et munitions auraient pu être retournées contre eux. Il est vrai que marchands d’armes, négociants et trafiquants passaient souvent outre les consignes des stratèges (civils et militaires) de la ruée de l’Europe sur l’Afrique.
2. Il a été question de l’ingéniosité et de la capacité de l’armée de Samori  à “imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide”.  Mais cet argument prête un flanc faible à la critique. Car l’imitation ne s’appliquait pas aux armes lourdes de l’artillerie (canons, mitrailleuses, cannonières, etc.)
A la fin du 19e siècle, Europe occidentale avait presque bouclé la Révolution Industrielle. D’une importance sans précéden dans l’histoire de l’humanité, ce processus lui donnait un avantage —économique, technlogique et militaire — énorme sur le reste du monde.
Ainsi, sur les champs de bataille d’Afrique, Samori en subit le choc démoralisateur. De 1887-1888 il livra le Sikaso-Kèlè à Babemba, roi de ce pays. Face à la résistance et aux tatas fortifiés de la cité, Samori dut  lever son siège, non sans y avoir perdu ses meilleurs généraux, dont son frère, Kèmè Bourema, chef de la cavalerie, Lankama N’Valy Kamara, le vainqeur de Houbbous du Fuuta-Jalon, etc. Lorsqu’il apprit plus tard l’assaut français et la chute de Sikasso devant l’artillerie étrangère, il s’écria, résigné : Bori banna ! (Finie l’évasion,  la fuite). C’est-à-dire ses dérobades vers l’est, en Côte d’Ivoire, face aux gains militaires français.
En conclusion, il est surfait de comparer le perfectionnement et la productivité des usines d’armes européennes avec les imitations des ateliers artisanaux de Samori.

Nonobstant ces deux remarques, les travaux et la contribution du Pr. Thierno Mouctar sont mondialement reconnus. Son article sur les armées fulɓe de l’Adamawa au 19e siècle restera un morceau classique d’investigation et de découverte du passé africain.

Tierno S. Bah

Guinée : Occidentaux, Asiatiques, Maroc

Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.
Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.

La question d’un éventuel trosième mandat du président Alpha Condé revient fréquemment sur le Web. C’est là une autre manière de  noyer le poisson dans l’eau. La présidence d’Alpha Condé se déroule  à son avantage, certes. Mais elle s’exerce au détriment de  la Guinée, où la pauvreté s’aggrave. L’embêtant pour M. Condé, c’est qu’après Sékou Touré (26 ans) et Lansana Conté (24 ans), le pays ne peut supporter un autre quart de siècle avec le même dictateur. Sur le site Africaguinee on lit le passage suivant :

« A l’occasion d’une session des assises sur l’eau au Maroc, le dirigeant guinéen a parlé de « continuité » citant en exemple le royaume chérifien, les pays asiatiques et occidentaux. »

Et Guinee7 renchérit :

« Pourquoi les pays occidentaux n’ont jamais demandé aux pays asiatiques de limiter les mandats », s’interroge Alpha Condé au Maroc.

La question est ridicule et hors-sujet. Car il ne s’agit ni des pays cccidentaux, ni de ceux asiatiques. Eux, ils se  conforment à leur Constitution et ils appliquent  leurs lois. Ainsi:

  • François Hollande n’aura exercé qu’un seul mandat. Une ultra-nationaliste comme Marine Le Pen pourrait bien lui succéder.
  • Les USA viennent de remplacer Barack Obama par Donald Trump.
  • La Corée du Sud vient de destituer une présidente, la fille d’un ancien président-dictateur, pour arrogance et corruption.

Monsieur Condé ne se rend pas compte combien il est naif de comparer la Guinée à des pays fonctionnels et prospères, d’Europe et d’Asie. Il devrait se concentrer sur l’Afrique, ne serait-ce qu’en sa qualité de président en exercice de l’Union Africaine pour 2017-18.
En attendant, son admiration pour la stabilité ou la « continuité » marocaine indique son inculture historique et politique. Car l’histoire de cette dynasite est marquée tour à tour par la continuité, la dépendance et les conflits internes.

Anciennete et continuité de la monarchie chérifienne alaouite

Selon Wikipédia la dynastie alaouite :

« règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du xviie siècle. Venus du Hejaz2, ils s’installent au Tafilalet, les Alaouites deviennent sultans du Maroc à la suite d’une période d’instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des Saadiens en 1659 et durant laquelle le pays est morcelé en plusieurs États indépendants, l’autorité centrale échouant aux mains des Dilaïtes. Moulay Rachid, troisième prince alaouite du Tafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est toujours à la tête du royaume de nos jours. »

Impérialisme français et Protectorat français

« Mis en place par le traité franco-marocain conclu à Fès, le 30 mars 1912, entre la Troisième République française et Moulay Abd El Hafid2, éphémère sultan marocain, il était officiellement nommé Protectorat français dans l’Empire chérifien dans le traité de Fès, publié quelques mois après dans le premier bulletin officiel du pays, qui avait pour en-tête : « Empire chérifien : Protectorat de la République française au Maroc ». La fin de ce protectorat, dont l’arrivée fut annoncée au Maroc par le sultan Sidi Mohammed ben Youssef — futur roi Mohammed V — lors de son discours du trône du 18 novembre 19553 (date retenue pour la Fête nationale de l’indépendance), fut actée avec la Quatrième République française le 2 mars 19563.
Parallèlement, fut instauré un protectorat espagnol au MarocN 2 à compter du 27 novembre 1912, sur la base d’une convention franco-espagnole, et le retour à la souveraineté du Maroc fut officiellement reconnu par l’Espagne près d’un mois après la France, le 7 avril 1956. »

Conflits internes

C’est donc seulement en 1956 que le royaume du Maroc redevint souverain. Sous le règne des deux premier monarques — Mohamed V et Hassan II — un agent de la France, le général Mohamed Oufkir, joua un rôle de premier plan. Consultons Wikipédia :

« En 1950, (Oufkir) est “détaché au cabinet du général commandant supérieur des troupes du Maroc”, le général Duval au côté duquel il devient un spécialiste des services de renseignement français. »
« En 1955, les autorités françaises l’imposent comme aide de camp du roi Mohammed V dès son intronisation au lendemain de l’indépendance du Maroc. Son rôle est de réduire l’influence de l’armée de libération nationale marocaine (ALN), d’atténuer le plébiscite autour de la légitimité des partis nationalistes, notamment l’Istiqlal et l’UNFP, et de construire les structures policières et de surveillance officielles (notamment les FAR Forces Armées Royales) et parallèles. »

Général Oufkir dirige ainsi la répression contre “le soulèvement du Rif entre 1957 et 1959 (cette répression exécutée avec zèle lui vaut le surnom de ‘Boucher du Rif’, le ‘complot de juillet’ que le régime attribue en 1963 à la gauche marocaine et les émeutes de Casablanca du 23 mars 1965 où, à bord d’un hélicoptère, il tire à la mitraillette sur la foule.”

En 1965, Oufkir et le roi Hassan II sont impliqués dans la disparition de Mehdi ben Barka, enlevé et assassiné en France. “La justice française  condamne Oufkir par contumace … aux travaux forcés à perpétuité.”

Peu importe. A Rabat Oufkir continue de monte en flèche. Il devient commandant en chef des Forces armées royales et ministre de la défense en 1971. C’est fort de cette position qu’il tente successivement de liquider le roi Hassan. Son premier coup d’Etat date de 1971. Il échoue. Pareil pour celui de 1972. L’échec de cette deuxième tentative entraîne sa mort : suicide,  exécution ?

Alpha Condé et la Guinée

L’interrogation plus haut est ainsi superflue. La vraie question est  plutôt la suivante:

Pourquoi ne pas respecter  la Constitution guinéenne, qui limite le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux ?

La réponse est claire. L’autocratie et son corollaire, le narcissisme, ainsi que la cupidité et sa compagne, la corruption, conduisent monsieur le président-commis voyageur à mépriser son pays au point de laisser circuler des spéculations sur un troisième mandat. Alors que sa politique inarticulée, brouillonne a — en 10 ans bientôt — ruiné  l’économie et enfoncé le pays davantage dans la pauvreté.

Qu’il n’oublie pas cependant que la république et la monarchie sont des systèmes différents. Et que la république de Guinée n’est pas le royaume du Maroc. S’il existe de vagues ressemblances, il n’y a, par contre, pas de correspondance entre les deux pays.

Deux mandats consécutifs sont suffisants pour un président intègre, rassembleur et travailleur. Dix mandats sont insuffisants pour un dictateur assoiffé de pouvoir pour soi. En conséquence, la Guinée doit fermement appliquer le principe de l’alternance, qui est nécessaire et indispensable à l’exercice de la démocratie, même électoraliste.
Elle doit le faire par-delà les plans machiavéliques et les manoeuvres sournoises du président Alpha Condé. Qui voudrait s’accrocher indéfiniment et futilement au fauteil.

Tierno S. Bah

In Memoriam Fily Dabo Sissoko (1900-1924)

Fily Dabo Sissoko (1900-1964)
Fily Dabo Sissoko (1900-1964)

L’article intitulé “Le bâton et le caïman, ou Fily Dabo Sissoko et la France” est extrait d’Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig (Paris : Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, 1982). Le document est désormais  accessibles sur webAfriqa, de même que “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle”, dont l’auteur est l’historien Thierno Mouctar Bah, et que j’introduis séparément.

Henri Brunschwig (1904-1989)
Henri Brunschwig (1904-1989)

Remarquable ouvrage, Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig est le fruit d’une préparation experte par des spécialistes de grande renommée : Jan Vansina, C. H. Perrot, R. Austen, Yves Person, et al.

Biographie de Fily Dabo Sissoko

Sous la plume de P. Brasseur l’article sur la carrière enseignante et politique de Fily Dabo Sissoko (1900-1964) est fouillé et riche. Fily fut l’un des premiers instituteurs d’école  dans l’Empire Colonial de la Troisième République (1870-1940).
Sous le régime du Front Populaire (1936-1938), il fut nommé chef de canton de cercle. A l’avènement de la Quatrième République (1946-1958), il inaugura — avec Félix Houphouët-Boigny, Lamine Guèye, Yacine Diallo, Léopold Sédar Senghor, etc. — l’ère de la politique partisane en Afrique Occidentale Française.

Dans Le congrès de Bamako, ou la naissance du RDA Pierre Kipré fait un compte-rendu partisan et  subjectif sur Fily. Il passe notamment sous silence la fin tragique et ignominieuse de cette grande figure sous la dictature de Modibo Keita, président de la République du Mali (ex-Soudan français).

La contribution de Paul Brasseur fourmille de détails sur le parcours de combattant de Fily Dabo Sissoko. Ce faisant, elle contre-balance le  jugement coloré et l’opinion réductrice de Pierre Kipré.

On est reconnaissant à l’aréopage d’intellectuels européens qui ont redigé et édité ce livre. D’une pierre, ils font plusieurs coups. Au prime abord leur travail  honore Henri Brunschwig, historien lucide de l’Afrique coloniale et post-coloniale. En même temps l’ouvrage dégage la personnalité et restitue partiellement l’action, l’oeuvre et la mémoire de Fily Dabo Sissoko.

Bibliographie de Brunschwig sur l’Afrique :

  • La Colonisation française, Paris, Calmann-Lévy, 1949.
  • Histoire de la colonisation, Paris, SDMOM, 1953.
  • L’Expansion allemande outre-mer du xve siècle à nos jours, Paris, 1957.
  • Mythes et réalités de l’impérialisme colonial français, 1871-1914, Paris, Armand Colin, 1960.
  • L’avènement de l’Afrique noire, Paris, Armand Colin, 1963.
  • Brazza explorateur. L’Ogooué 1875-1879, Paris, Mouton, 1966.
  • Le Partage de l’Afrique noire, Paris, Flammarion, “Questions d’histoire”, 1971.
  • Ed. : Brazza explorateur. Les traités Makoko, 1880-1882, Paris, Mouton, 1972.
  • Noirs et Blancs dans l’Afrique noire française, Paris, Flammarion, 1983.
  • L’Afrique noire au temps de l’impérialisme français, Paris, Denoël, 1988.

Tierno S. Bah

Colonisation, littérature et livre

Revue du Livre : Afrique noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien. L'Harmattan. Paris. 2005. 175 p. Avec le concours du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de la Coopération Littérature guinéenne N° 88/89 Juillet septembre 1987. 203 pages
Revue du Livre : Afrique noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien. L’Harmattan. Paris. 2005. 175 p. Avec le concours du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de la Coopération
Littérature guinéenne
N° 88/89 Juillet septembre 1987. 203 pages

En préparation de “Conakry, capitale mondiale du Livre”, le rouleau publicitaire s’est mis en marche depuis le début du mois. Jeune Afrique, par exemple, a fait son publireportage usuel. A Conakry, menés tambour battant par L’Harmattan-Guinée, des éditeurs de la place ont associé des auteurs. La plupart de ceux/celles-ci écrivent des romans — dont certains à prétention littéraire —, des ouvrages d’histoire et des biographies. Qu’en est-il des dizaines d’autres genres : science (nature, vie, société), métiers, technologie, arts, etc. ?
La désignation de Conakry comme matrice planétaire du Livre pour 2017 est incompréhensible parce qu’elle manque de considérations adéquates et de justifications logiques. Les critères de ce choix relèvent de la cécité de la bureaucratie UNESCO et dela fuite en avant perpétuelle des régimes guinées, toujours prêts à paraître sans être. Ajoutons à cela l’entregent commercial et le marketing local tous azimuts de la succursale de L’Harmattan, la maison d’édition parisienne.
En vérité, il manque à la Guinée l’essentiel de l’infrastructure et des ressources qui auraient pu faire de l’évènement un succès relatif. Il s’agit notamment de:

  • La production et la distribution suffisantes d’énergie électrique, d’eau, de nourriture et de soins
  • Un taux national d’alphabétisation supérieur à 75 %
  • Une industrie de fabrication et de circulation de la chose imprimée :  livres, journaux,  revues. En français et dans les langues du pays !
  • Des écoles et universités équipées de bibliothèques à jour
  • Des associations actives d’auteurs dans des domaines divers
  • Un réseau public de bibliothèques, d’archives et de musées couvrant tout le territoire
  • La participation à la Révolution numérique, qui concurrence le livre imprimé et impose les publications électroniques

    Fardeaux historiques

Dans le domaine névralgique de la création et de la distribution du savoir, des fardeaux historiques lourds pèsent sur l’Afrique, en général, et la Guinée, en particulier. Je veux parler de:

  • La colonisation européenne marquée par la domination politique, l’exploitation économique, et l’aliénation culturelle.
  • La post-colonisation, qui, comme l’a correctement prédit Frantz Fanon, a consisté à la substitution d’une bourgeoisie exploiteuse étrangère par son ersatz domestique.

En l’occurrence, le président guinéen, Alpha Condé, est plus soucieux d’effectuer de fréquents voyages. Il ne lui vient pas l’idée de se sédentariser à Conakry, de séjourner dans le pays profond au contact des paysans, ou de rebrousser les manches pour chercher comment combler le retard de plus en plus accusé de la Guinée.

Président Condé tient à noyer le poisson dans l’eau. Soutenu par un Parlement chambre-à-écho de ses diktats et desiderata, il viole et violente la Constituton. Et impose une loi scélérate. Rédigée par des plumes serviles aux ordres du “professeur” autocrate, elle vise à étouffer la justice. Et elle entérine l’impunité. Des personnalités civiles, des religieux (l’Imam et l’Archevêque de Conaky) se prêtent à la mascarade. Ce faisant, ils amplifient la confusion et participent, délibérément et obséquieusement, à une autre trahison de la Guinée par ses fils et filles. Qu’ils soient hommes de la soutane ou du turban, du chapelet ou de la croix, les prêtres savent pourtant que la Bible et le Qur’an proclament les Dix Commandements du Créateur. Le premier de ces ordres divins dit : “Tu ne tueras point !” Il se trouve malheureusement que depuis 1958 l’Etat guinéen transgresse impunément ce commandement. Le meurtre de citoyens est devenu chez lui un réflexe naturel et un recours permanent. Rien qu’en mars dernier une dizaine de personnes ont péri par la violence d’Etat.
Il revient au système judiciaire seul d’enquêter et de juger ces crimes, qui remontent à plus d’un demi-siècle, y inclus le massacre du 28 septembre 2009.

Colonisation : savoir d’où l’on vient

On ne peut pas savoir où l’on va si l’on ne sait d’où on vient, rappelle le dicton. Pour tenter de cerner les dilemmes et les défis qui se posent aux organisateurs de “Conakry, capitale mondiale du Livre”, je soumets à l’attention des lecteurs et lectrices les publications et compilations suivantes :

Monologue élitiste et analphabétisme des masses

L’élite francophone se démène comme un beau diable pour la réussite de “Conakry, capitale mondiale du Livre”. Jouissant d’une maîtrise variable de la langue française, elle s’enferme dans un monologue narcissique, se parlant et s’écoutant parler seule. A l’exclusion et en totale disjonction d’avec la majorité “afriphone” de la population.  Son comportement ne leurre qu’elle seule. Car après un demi-siècle d’indépendance et de souveraineté, les masses populaires ont peut-être perdu tout espoir d’émancipation, clouées qu’elles sont dans l’analphabétisme culturel et fonctionnel. Et les langues nationales en pâtissent, bien sût. Non par le choix des administrés, mais du fait de la dictature pérenne et de la faillite coupable des dirigeants.

Tierno S. Bah

Chiffres, histoire et politicards

Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932
Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932

Les chiffres des deux tableaux ci-dessous sont contenus dans un document intitulé “Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé”. Il est conservé aux Archives nationales à Conakry, où je l’ai scanné en 2002. Il s’agit là de données matérielles l’histoire de la Guinée Française durant la première moitié du 20è siècle. Elles contredisent et annulent les agitations stériles de certains politicards guinéens du 21ème siècle. En l’occurrence Mansour Kaba, l’auteur de la chimère du Manden-Jalon et son ancien allié et complice : président Alpha Condé.

Parmi les nombreux rapports de l’inspecteur général 2ème Classe des Colonies  Huet, figure le document intitulé “Situation Economique du Cercle de Kankan”, publié également en 1937. Huet effectua sa mission sous le gouvernement du Front Populaire. L’alliance comprenait :

Le règne du FP prit fin en 1938, alors que les nuages du fascisme s’épaississaient. Hitler et ses alliés de l’Axe plongeront le monde dans la deuxième guerre mondiale à partir de 1939.

En Guinée Française le FP nomma l’Antillais Louis Blacher comme gouverneur du Territoire. Mais les rigueurs et les exactions de l’Indigénat continuèrent leurs ravages jusqu’à l’abolition de cet infâme régime en 1946. L’épouse du gouverneur Blacher était la brillante Béatrice Appia, intellectuelle, peintre et chercheuse. En collaboration avec Tierno Chaikou Baldé, elle prépara la remarquable étude intitulée “Les Forgerons du Fouta-Djalon”.  Cette monographie souligne, entre autres, les influences culturelles réciproques entre Fulɓe et Mande. On n’y trouve nulle trace des tensions que Mansour Kaba chercha vainement à attiser avec son Manden-Jalon.
Lisons donc le rapport no. 27 de M. Huet. Il founit des renseignements succints sur l’économie et la démographie du Cercle de Labé en 1937.

Tierno S. Bah


Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé.

Conakry, le Cinq Mai 1937
L’Inspecteur Général des Colonies, Chef de Mission

J’ai l’honneur de transmettre à M. le Lieutenant-Gouverneur de la Guinée Française le rapport de détail concernant la vérification au point de vue économique du Cercle de Labé.

Signé : Huet

Chapître 1er. Renseignements généraux sur le Cercle

Situation et étendue

Le cercle de Labé est situé en moyenne Guinée en plein centre du Fouta-Djalon.
Plus grande longueur du Nord au Sud : 150 km ; plus grande largeur de l’Est à l’Ouest : 200 km.
Superficie : 23.800 km2

Caractéristiques générales
  1. Au point de vue physique : Pays accidenté, formé de plateaux généralement latéritiques séparés par de profondes vallées, plaines normalement de faible étendue, altitudes variant de 170 à plus de 1.500 m. Région très arrosée, origine d’importantes rivières ou fleuves : Gambie, Rio Gaba, Kakrima-Konkouré, Bafin, Falémé.
    Les géographes ont d’ailleurs qualifié le Fouta-Djalon de “véritable château d’eau de l’Afrique occidentale”.
  2. Au point de vue poltique : pays calme paraissant bien en main, commandé par de bons chefs européens et indigènes qui, du fait de la tranquilité politique, se consacrent principalement au développement économique des territoires placés sous leur autorité.
  3. Au point de vue économique : pays d’agriculture et d’élevage. Le Foulah n’est plus exclusivement pasteur comme on a coutume de le représenter. L’agriculture dans le Foutah, prend une place chaque année plus importante ; les cultures se développent sur les plateaux, dans les plaines et sur les pentes montueuses. La terre est généralement pauvre ; la culture la plus étendue est celle du fonio, pauvre graminée d’un faible rendement qui exige de grandes surfaces ; le fonio est en outre d’une faible valeur alimentaire. Où se developpe quelque peu la végétation arbustive, le riz de montagne, de meilleur rendement et de valeur alimentaire plus sérieuse est cultivé. Le riz de marais n’est cultivé que dans les rares plaines très humides.  Dans les régions septentrionales plus chaudes, domine la culture type du climat soudanais : le mil.
    Il n’y a de richesse culturale que dans les carrés familiaux, couverts de fumures et d’engrais naturels, grâce au bétail (bovins, ovins, caprins). Sans bétail, le carré familial est pauvre. Aussi, tous les efforts de l’Administration, avec l’aide de la Société de Prévoyance, tendent-ils à la reconstitution d’ailleurs en bonne voie, du cheptel, qui permet l’extension des carrés familiaux et le développement des culture qui y sont pratiquées.

Population

Européens et assimilés 125
Français 37
Etrangers
Levantins (Libano-Syriens) 85
Américains 3
Fonctionnaires 25,6 %
Planteurs et employés de plantation 4 %
Commerçants Levantins 68 %
Missionnaires (Américains – protestants) 2,4 %
Indigènes
Foulahs 344.226 (96 %)
Dialonkés 5.240
Diakankés 3.230
Sarakolés 821
Malinkés 102
Toucouleurs 80
Bambaras 40
Ouolofs 26
Guerzés 7
Tomas 6
Divers 10
Total 353.788

Chapître II. Agriculture

Situation et production du Cercle. — Calendrier saisonnier — Cultures à encourager.

Culture Superficie cultivée (hectares) Production : tonnes/an
Riz 7.500 4.500 environ
Maïs 20.000 20.000 environ
Mil 5.000 4.900 environ
Fonio 150.000 60.000 environ
Arachides 6.000 17.000 environ
Sésame 200 95 environ
Taros 12.500 25.000 environ
Patates
Manioc
Igname
Gombo